Être Asperger et créer son entreprise : quand vendre n'est pas si simple

Être Asperger et créer son entreprise : quand vendre n'est pas si simple

Créer JPJG m'oblige à apprendre beaucoup de choses.

Créer des produits. Chercher des fournisseurs. Être exigeant envers moi-même parce que je veux être cohérent entre ce que je ressens du monde du golf et ce que j'ai envie de proposer.

Construire une marque. Explorer les possibles. Faire des choix. Me tromper. Recommencer.

Et puis il y a le commercial.

C'est probablement l'une des parties les plus difficiles pour moi.

Je suis Asperger.

Je ne l'écris pas pour faire pleurer dans les chaumières, ni pour demander que l'on soit plus indulgent avec moi ou avec JPJG.

Je l'écris simplement parce que c'est une réalité. Parce que je pense aussi qu'il faut dire les choses, surtout lorsqu'on vit avec un handicap invisible.

Et peut-être aussi parce que me suradapter m'a demandé beaucoup d'efforts pendant trop longtemps.

« Il faut relancer »

Dans le monde commercial, on entend souvent qu'il faut relancer.

Une fois.

Deux fois.

Cinq fois s'il le faut.

Qu'une absence de réponse ne veut pas dire non. Que le prospect est occupé. Qu'il faut revenir vers lui. Se rappeler à son bon souvenir.

Je le comprends intellectuellement.

Mais pour moi, c'est beaucoup plus compliqué à mettre en pratique.

Lorsque j'ai envoyé un message à quelqu'un et que cette personne ne répond pas, eh bien, je respecte son silence.

Peut-être n'est-elle pas intéressée.

Peut-être n'a-t-elle pas envie de répondre.

Peut-être est-elle simplement très occupée.

Je n'en sais rien.

Et justement : je n'en sais rien.

Alors relancer encore et encore me donne le sentiment de devenir intrusif.

Ce qui est, semble-t-il, considéré comme une persévérance parfaitement normale dans une relation commerciale est, pour moi, une frontière beaucoup plus difficile à appréhender.

L'implicite, ce fameux implicite

Une grande partie des relations commerciales repose sur quelque chose qui n'est jamais véritablement formulé.

L'implicite.

« C'est intéressant » peut vouloir dire : cela m'intéresse vraiment.

Mais cela peut aussi vouloir dire : merci, mais non merci.

« Revenez vers moi » peut signifier : rappelez-moi dans quinze jours.

Ou simplement être une façon polie de terminer une conversation.

Un silence peut vouloir dire non.

Ou peut-être.

Ou pas maintenant.

Ou simplement : je n'ai pas eu le temps de répondre.

Et un enthousiasme que je crois percevoir n'est peut-être parfois qu'une façon polie de ne pas fermer brutalement une porte.

Pour beaucoup de personnes, ces nuances semblent naturelles.

Pour moi, elles ne le sont pas toujours.

J'aime les mots lorsqu'ils veulent dire ce qu'ils disent.

Dans le commerce, ce n'est pas toujours le cas.

Et cela demande une énergie considérable pour essayer de comprendre ce que l'autre a réellement voulu exprimer.

Et puis il y a le téléphone

Il y a également quelque chose de très concret.

Je ne réponds presque jamais spontanément à un numéro que je ne connais pas.

Ce n'est pas du mépris.

Ce n'est pas un manque d'intérêt.

Et ce n'est certainement pas parce que je considère que mon temps est plus précieux que celui de la personne qui m'appelle.

C'est simplement un vrai défi pour moi.

Un appel inattendu impose immédiatement une interaction dont je ne connais ni l'interlocuteur, ni le sujet, ni le contexte.

Je n'ai pas eu le temps de préparer mentalement l'échange.

Alors, c'est vrai, la plupart du temps, je ne décroche pas.

En revanche, si vous me laissez un message ou m'écrivez quelques mots pour m'expliquer pourquoi vous souhaitez me parler, les choses deviennent beaucoup plus simples.

Je peux comprendre le contexte.

Me préparer.

Et vous rappeler.

Cela paraît probablement anodin pour beaucoup de personnes.

Pour moi, cela change énormément de choses.

Je ne ferai probablement jamais de démarchage téléphonique

Il existe des entrepreneurs capables de prendre une liste de cinquante prospects et de passer cinquante appels.

Je les admire presque.

Mais je sais aujourd'hui que je ne serai probablement jamais l'un d'entre eux.

Prendre mon téléphone et appeler quelqu'un que je ne connais pas pour lui vendre quelque chose représente pour moi une difficulté considérable.

Alors je dois trouver une autre manière de faire connaître JPJG.

Écrire.

Raconter.

Rencontrer, lorsque je ne me retrouve pas face à trop de personnes à la fois.

Montrer.

Expliquer.

Raconter pourquoi j'ai créé une pièce.

Envoyer un message à quelqu'un lorsque je pense sincèrement qu'il pourrait y avoir quelque chose à construire ensemble.

Et accepter aussi que cette façon de faire soit probablement plus lente.

Cela ne signifie pas que je ne sais pas créer une relation

C'est peut-être même là le paradoxe.

Je peux avoir beaucoup de difficultés à entrer dans une relation commerciale.

Mais lorsque la relation existe réellement, les choses deviennent très différentes.

J'aime comprendre les personnes.

J'aime écouter leurs besoins lorsqu'ils sont exprimés clairement.

J'aime imaginer une solution.

J'aime tenir mes engagements.

Et j'accorde énormément d'importance à la confiance donnée.

Ce ne sont peut-être pas les qualités traditionnellement associées au vendeur qui pousse une porte.

Mais ce sont aussi des qualités commerciales.

Simplement différentes.

Alors JPJG grandira peut-être autrement

Je découvre progressivement que créer une entreprise lorsqu'on est Asperger signifie aussi accepter de ne pas forcément emprunter tous les chemins que les livres sur l'entrepreneuriat recommandent.

Je relancerai probablement.

Je devrais pouvoir y arriver, en laissant un certain temps entre deux relances.

Mais probablement pas cinq fois.

Je contacterai des personnes.

Mais je chercherai toujours à ne pas m'imposer.

Je préférerai probablement longtemps un message écrit à un appel téléphonique improvisé.

Et je ne deviendrai sans doute jamais le fondateur capable d'appeler cent golfs pour placer ses produits.

Cela rendra peut-être le développement de JPJG plus difficile.

Peut-être plus lent.

Mais je préfère essayer de construire cette Maison d'une manière qui me ressemble plutôt que de devenir, pour la faire grandir, quelqu'un que je ne suis pas.

Je ne demande pas que l'on achète JPJG pour cette raison.

Surtout pas.

Un produit JPJG doit être acheté parce qu'on le trouve beau, parce qu'on aime ce qu'il raconte, parce qu'on se reconnaît dans son univers ou simplement parce qu'on a envie de le porter.

Mon Asperger n'est ni un argument commercial, ni une histoire destinée à susciter de la compassion.

C'est simplement une partie de celui qui se trouve derrière cette jeune Maison.

Et parfois, expliquer qui nous sommes permet aussi de mieux comprendre  pourquoi nous faisons les choses différemment.